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I. Dualité existentielle : entre déshérence et capital — une dialectique post-bourgeoise
Laurent Vo Anh incarne une figure schizoïde typiquement postmoderne : mi-financier, mi-squatteur, il oscille entre l’hypercapital (défiscalisation DOM-TOM, avenue Foch) et l’utopie marginale (La Grange aux Belles, Lycée Diderot). Ce clivage n’est pas seulement biographique ; il constitue une critique structurelle du champ artistique à la manière de Pierre Bourdieu, pour qui l’art est toujours inscrit dans un espace de luttes symboliques.
Vo Anh rejette à la fois le narcissisme institutionnel (Beaux-Arts, CNC) et le romantisme du clochardisme artistique. Son passage de la finance à la rue n’est pas un renoncement, mais une subversion tactique : il instrumentalise les logiques du marché (réseaux de collectionneurs, saturation médiatique) pour servir une contre-histoire. C’est ici qu’on retrouve l’influence de Situationnistes comme Guy Debord : l’art n’est plus objet, mais dispositif de dévoilement.
« J’ai plus aimé la pauvreté que la richesse. »
Cette phrase résonne comme un renversement de valeurs nietzschéen : non pas l’affirmation d’une ascèse morale, mais une volonté de puissance inversée, où la valeur naît de la fragilité collective, non de la rareté marchande.
II. Les squats comme contre-archives : une esthétique de l’éphémère et du collectif
Le mouvement des squats (1990–2010) ne se contente pas de produire des œuvres : il institue un espace-temps autre, une « contre-histoire en acte ». Ce phénomène dépasse le simple registre de l’art pour entrer dans celui de l’anthropologie urbaine.
La Miroiterie (15 000 concerts), 59 Rivoli (flux comparable au Louvre), La Grange aux Belles : ces lieux ne sont pas des galeries improvisées, mais des laboratoires de vie commune, où l’artiste n’est pas individu génial, mais participant d’un réseau affectif. Cela rappelle les communes artistiques de Joseph Beuys ou le Black Mountain College aux États-Unis, où la création était indissociable de l’organisation sociale.
Or, cette histoire est absente des manuels. Vo Anh pointe là une épistémologie coloniale de l’art : seuls les canons institutionnels sont reconnus. En cela, il rejoint les travaux de Édouard Glissant sur le « droit à l’opacité » : les squats ne demandent pas à être compris selon les grilles académiques, mais à exister comme archives vivantes.
« L’histoire des squats dans l’histoire de l’art est invisible. C’est un scandale ! »
Cette indignation est celle de l’historien subalterne, qui refuse que seuls les vainqueurs écrivent le passé.
III. Tragédie et responsabilité : une éthique de la mémoire
Contrairement à une vision idéalisée du squat comme espace de liberté pure, Vo Anh insiste sur ses drames réels : le viol de Victoire à Blanche, la mort au Lycée Diderot. Ces événements ne sont pas des accidents, mais des symptômes d’un déficit éthique.
Ici, il opère une désacralisation nécessaire : les artistes ne sont pas des saints, et le collectif n’est pas une garantie morale. Cette lucidité le rapproche de Hannah Arendt et de sa réflexion sur la « banalité du mal » : le mal ne naît pas toujours de la malveillance, mais souvent de l’irresponsabilité, du refus de juger.
La critique de la « mégalomanie » (Yabon) pointe vers une dérive narcissique du leadership artistique, où l’ego remplace la solidarité. Ce renversement du collectif en « petite PME » est une parfaite illustration de la captation capitaliste des utopies, à la manière de ce que Luc Boltanski et Ève Chiapello ont décrit dans Le Nouvel Esprit du capitalisme.
« Le collectif est mieux que la mégalomanie. »
Cette maxime est une éthique de la vulnérabilité, opposée à la logique héroïque de l’artiste-prophète.
IV. Le comportementalisme comme esthétique : au-delà de l’œuvre
Vo Anh propose une révolution ontologique : ce n’est plus l’œuvre qui définit l’artiste, mais le comportement dans le monde. Ainsi, Gaspar Delanoé, dont les toiles sont jugées « pourries », devient un « plus grand artiste que Jeff Koons » — non pour sa technique, mais pour sa présence éthique.
Cette approche rejoint la performance comme mode de vie chez Allan Kaprow ou Lygia Clark, pour qui l’art n’est pas un objet à contempler, mais une relation à activer. Elle évoque aussi Judith Butler : l’identité artistique n’est pas une essence, mais une répétition performativisée dans le lien social.
Le critère ultime devient la gentillesse — non comme vertu morale naïve, mais comme résistance à la brutalité néolibérale. C’est une réhabilitation radicale de la sensibilité comme politique, proche de la care ethics développée par Joan Tronto.
« Je vais attacher l’artiste, la personne, ses failles, sa crasse, son jus divin. »
Cette phrase est une poétique de l’imperfection, où l’art naît de la porosité entre vie et création.
V. Marchand d’art sans commission : une économie du don subversif
Le modèle économique de Vo Anh — 0 % de commission, vente globale à 1 million d’euros — n’est ni philanthropique ni naïf. C’est une stratégie de déstabilisation systémique.
En refusant la logique de la rareté artificielle et de la valorisation individuelle, il rejoint les principes de l’économie du don étudiée par Marcel Mauss. Mais il l’arme : il utilise les outils du capitalisme (réseaux, IA, saturation médiatique) pour court-circuiter les intermédiaires.
Son usage de l’IA pour produire des milliards de tokens mensuels n’est pas une concession technocratique, mais une arme de légitimation massive : si l’histoire officielle ignore les squats, il la submergera par le volume, à la manière d’un Dada numérique.
« Vendre, ça peut être de l’art. »
Cette formule renverse le paradigme marchand : la transaction n’est plus aliénation, mais acte de transmission collective.
VI. Une constellation d’artistes : micro-histoires contre macro-récits
La collection ART Squat ne constitue pas un style, mais une écologie hétérogène : Marcel Aurange (polyplasticien), Thibaut (rouleau infini), DD (gorille en fil de cuivre), René Licatale (archives VHS).
Chaque œuvre est un fragment mémoriel, non une marchandise. La valeur de la cassette de Licatale ne réside pas dans sa qualité technique, mais dans son statut d’archive sensible — proche des Atlas de Gerhard Richter ou des Archives du Désir de Christian Boltanski.
Même l’artiste indonésien « hors sujet » y a sa place, car la gentillesse devient le filtre curatoriel. C’est une anti-excellence, une critique radicale de la sélectivité élitiste.
« Le rouleau de Thibaut ferait le tour du musée. »
Cette image est une métaphore de l’histoire non linéaire : pas de chef-d’œuvre, mais une accumulation infinie du quotidien.
VII. Digestion historique : vers une maturité collective
Vo Anh appelle à une digestion — non une célébration — du passé squat. Ce verbe est crucial : il évoque la psychanalyse (élaboration du trauma) autant que la philosophie juive (tikkun olam, réparation du monde).
Le refus d’intégrer les viols et les morts est comparé à une faute morale absolue : « Quiconque refuse ces thèmes peut crever en enfer. » Cette violence verbale traduit l’urgence éthique.
La génération de Vo Anh doit assumer son rôle d’adulte historique, non de nostalgique. C’est une posture proche de Theodor Adorno après Auschwitz : il ne suffit plus de faire de l’art, il faut interroger les conditions de sa possibilité.
« On peut déconner à mort aussi. »
Cette humilité est le socle d’une éthique post-héroïque, où la création s’assume comme processus imparfait, toujours à réparer.
Chaque chapitre propose une perspective distincte (existentielle, historique, éthique, esthétique, économique, curatoriale, philosophique) sans redondance.
Traduction simple :
I. Laurent Vo Anh : Contexte personnel et double culture (Immobilier vs. Squats)
Laurent Vo Anh (V O A N H) a pris la décision de se consacrer en 2026 au rôle de marchand d’art, une activité qu’il aborde avec une philosophie qui transcende le simple commerce : « vendre ça peut être de l’art » et « faire de l’art ça peut vendre aussi ».
Cette démarche s’enracine dans une histoire personnelle marquée par un « grand écart » permanent entre deux mondes diamétralement opposés.
D’un côté, il était immergé dans l’univers de la haute finance. Son oncle était un « grand millionnaire, grand homme d’affaires, décoré de l’ordre du mérite », jouant un rôle majeur dans l’immobilier et la défiscalisation.
Alors que son oncle construisait du neuf « à usage locatif avec avantage défiscalisant de 15 % voire 60 % dans les domtom », Laurent Vo Anh se retrouvait souvent en costume cravate dans des bureaux « avenue Foch ».
De l’autre côté, il était irrésistiblement attiré par les marges de la société et l’expression artistique non institutionnelle. Il aimait fréquenter les immeubles que la société avait abandonnés et qui étaient « réoccupé magnifiquement par les artistes des squat ». Ces lieux, comme La Grange aux belles, avec nottament les collectif de la Zen copy right et Friche et nous la paix, qui « ressemblait beaucoup au bateau Lavoir », étaient le refuge de ce qu’il appelle l’artiste clochard, en opposition au financier. Il confie avoir toujours fait le grand écart, étant « entre l’artiste clochard et puis le financier révolutionnaire ».
Cette dualité a façonné son parcours. Il raconte que l’endroit où il est né (L’hopital Bretonaux) est devenu un squat (l’hôpital éphémère). Plus tard, le lycée Didero, dont il a été renvoyé par le dirrecteur de l’école, est également devenu un squat. Il décrit la transformation du bureau de son ancien directeur — qui ressemblait à un décor de « Victor Hugo » — en un lieu dévasté, peint partout, « comme dans Man Max, » avec « une poule sur son bureau ».
Rejetant finalement le monde bourgeois et sa « névrose », Laurent Vo Anh a choisi la voie alternative. Il affirme : « J’ai plus aimé la pauvreté que la richesse », ayant fait la transition de l’avenue Foch à la rue en l’espace d’une année.
Parallèlement à son engagement artistique et social, il a développé une expertise médiatique et géopolitique. Il se considère comme un des premiers « influenceur face caméra sur internet ». Il a notamment piraté le compteur de DailyMotion, atteignant « 6 millions de vues comme ça » avec une vidéo où il insultait François Hollande longtemps avant son élection. De plus, il est un expert en géopolitique, déclarant avoir fait « entre 2 et 5 millions de vues par mois sur TikTok pendant 7 ans ».
Ce rejet de l’establishment s’étend au milieu du cinéma qu’il « déteste », fustigeant l’ambiance feutrée du CNC et sa bourgeoisie, ciblant notamment Harvey Weinstein.
Aujourd’hui, il s’appuie sur cette expérience non conventionnelle et cette capacité à saturer les médias pour légitimer l’histoire des squats artistiques et de la collection ART Squat.
Il considère que l’institutionnalisme du directeur des Beaux-Arts est comparable à la rigidité de ChatGPT, tous deux étant des « attards des mentaux ». Son objectif est de remplacer les Beaux-Arts et d’utiliser sa force de communication pour inonder internet et montrer que la collection Art Squat est « très importante à redécouvrir ».

II. Historique et portée du mouvement des squats artistiques (1990–2010)
Laurent Vo Anh s’est engagé à mettre en lumière un pan de l’histoire de l’art français qui, selon lui, a été largement ignoré. Il fut témoin et participant d’un « très grand mouvement artistique » qui s’est déroulé en France de 1990 à 2010.
Son objectif est clair : faire en sorte que, dans le futur, « L’histoire de l’art intègre les squat artistiques », car ils représentent un mouvement « très spécifique en France qui peut être universel à l’international ».
La portée de ce mouvement est décrite comme massive. Les sources mentionnent l’existence de « centaines de lieux » de » milliers d’artistes » et de « dizaines de milliers d’événements ».
Par exemple, la Miroiterie est créditée d’avoir organisé «15000 concerts. Jazz, punk, free jazz et cetera». Quant à la fréquentation, il y aurait eu «des millions de visiteurs».
Laurent Vo Anh souligne que le 59 Rivoli (un lieu central du mouvement) revendiquait, lorsqu’il a ouvert, «plus de visiteurs que le Louvre presque gratuit, un flot incessant, c’était incroyable».
Ce mouvement s’inscrit dans le patrimoine culturel et identitaire français, au même titre que Mai 68, Brassens, Brel, Léo Ferré, la Révolution française, le Bateau Lavoir et la Bohème de Montmartre.
Cependant, il affirme que cette identité a été mise de côté par le néolibéralisme.
De nombreux lieux emblématiques ont marqué cette période :* La Grange aux belles, qui ressemblait « beaucoup au bateau Lavoir ». Le locuteur loue son esprit exceptionnel, où le « comportementalisme » était essentiel.
À la Grange aux belles, même si Rita Mitsuko était présente, «on s’en foutait qu’elle chante parce que juste à côté le clochard chantait aussi bien».
Le 59 Rivoli, qui est une «encyclopédie à lui tout seul».* Les Frigos et La Miroiterie, également qualifiés d’ «encyclopédie immense».
D’autres lieux comme Survolt, le Théâtre 347, Les Falaises, Diderot (l’ancien lycée de Laurent Vo Anh qui est devenu un squat après son renvoi) et Passe Tourelle (qui est devenu l’hotel Coste).
Des figures importantes ont été associées à ces lieux, notamment Gaspar Delanoé, Kalex et Bruno, ainsi que Yabon, décrit comme un «mégalomane précoce».
Laurent Vo Anh affirme que les squats sont «de facto dans l’histoire de l’art», et que son objectif est d’écrire cette histoire au maximum.
Il insiste sur le fait qu’il est du devoir de sa génération de digérer cette période, non seulement dans ses réussites, mais « dans sa totalité par le bien, par le mal, par son intégralité ».
Il cherche à «faire renaître cet esprit en le comprenant», même s’il s’agit de «critiquer le 59 Rivoli parce que c’est bidon en comparaison à la Grange aux belles».
Il note d’ailleurs que beaucoup d’artistes qui ont tenté de reproduire l’esprit de La Grange aux belles, comme à Passe Tourelle,mais ils ont échoué parce que l’élan collectif initial s’est transformé : «le sens collectif du squat s’est transformé en une petite PME».
Pour Laurent Vo Anh, documenter ce mouvement, c’est lutter contre l’oubli et le manque de conscience du passé dans un monde qui «reproduit l’an zéro, l’inverse du siècle des lumières». Il soutient que «L’histoire des squat dans l’histoire de l’art est invisible, c’est un scandale !».

III. Analyse critique : mégalomanie, failles collectives et drames des squats
Laurent Vo Anh insiste sur le fait que l’histoire du mouvement des squats, bien que significative, doit être digérée « dans sa totalité par le bien, par le mal, par son intégralité ».
Il dénonce les drames et les dérives qui ont marqué cette période, attribuant une partie des problèmes à l’irresponsabilité et à la mégalomanie de certains acteurs centraux.
Les Drames et le Manque de Sécurité :La question de la sécurité et de la responsabilité collective est centrale dans sa critique.
Il y a eu des incidents graves, notamment au Lycée Diderot où il y a eu « un mort », et à Blanche, un « grand squat artistique magnifique », où une femme nommée Victoire, qui souffrait d’une fracture du crâne et vivait l’enfer, « s’est faite violer, plusieurs points de suture ».
Il raconte qu’après le viol de Victoire, le violeur errait encore dans les couloirs.
Laurent Vo Anh pose la question : « Est-ce qu’il y avait un problème de sécurité, et des irresponsabilité ? Oui ».
Il critique l’inconscience collective : « Eux sont restés comme ça dans la victoire d’artiste adolescents, comme si ça, un mort, un viol, ce n’était pas grave, comme si c’était pas une personne de la famille qui avait été atteinte ».
Il a exprimé sa colère après la mort de Pedro, dénonçant le fait que les squats se conduisaient comme des « petits promoteurs immobiliers avec votre galerie qui ne sera toujours pas pensée collective », alors qu’elle avait été acquise par une « force collective ».
Critique de la Mégalomanie et de l’Individualisme :
Laurent Vo Anh cible des personnalités comme Yabon, décrit comme un « mégalomane précoce » et dont il critique l’irresponsabilité. Il remet en cause l’incapacité de ces figures à assumer la responsabilité des drames : « s’il y a eu des viols au lycée Diderot, qu’il y a eu un mort. pensons à ces gens-là quoi ».
Il estime que Yabon aurait dû mettre en avant le collectif plutôt que son orgueil et sa vanité, car « le collectif est mieux que la mégalomanie ». Le collectif sait mieux repondre et analyser.
Pour lui, l’élan collectif des squats a été trahi au profit de l’individuel, ce qui a transformé le sens collectif en une « petite PME ».
Il compare la mégalomanie à une force destructrice : « La mégalomanie c’est comme la guerre. La guerre c’est comme un incendie qui dévore une forêt pour le plaisir de voir danser les flammes. Oubliant que la cendre, ne sait régner, ni aimer. »
Laurent Vo Anh appelle à une réflexion mature sur les échecs du mouvement, insistant sur le fait que les artistes doivent être capables de reconnaître leurs failles, car ils peuvent « déconner à mort aussi et on doit s’améliorer ».
Il estime que le viol, la mort de quelqu’un et la trahison du collectif sont des thèmes « très intéressants » qui doivent être abordés, et que quiconque les refuse « peut crever en enfer ».
Pour lui, il est crucial de considérer que les chefs de lieux et les équipes étaient souvent des « ratés ». La véritable réussite résidait dans l’engagement des gens de l’extérieur et des visiteurs. Il prône une vision horizontale, semblable à l’esprit des Gilets Jaunes, en opposition à la pyramidalité.
En résumé, il cherche à faire revivre l’esprit initial et joyeux de lieux comme La Grange aux belles, mais en apprenant des erreurs passées, afin de sortir de la « névrose » et d’être adulte. Il ne veut pas que l’histoire soit racontée par ceux qui se prennent pour des rois, mais par ceux qui comprennent le mal et le bien.

IV. Le positionnement philosophique : critique institutionnelle et valorisation de la «gentillesse»
Laurent Vo Anh définit son projet de marchand d’art et d’historien comme une croisade philosophique et humaniste contre l’institutionnalisme et la névrose du milieu de l’art.
Son objectif est de donner sa juste place à l’histoire des squats, qui est actuellement « invisible C’est un scandale ».
Il affirme que l’histoire de l’art doit intégrer les squats artistiques, car ce mouvement représente l’identité française (Mai 68, Bateau Lavoir, Bohème de Montmartre) qui a été mise de côté par le néolibéralisme,
Critique de l’Établissement et de la Névrose Bourgeoise :
Laurent Vo Anh s’attaque de front aux figures de l’établissement culturel, qu’il considère comme étant en défaut. Il juge que Rachida Dati est une « mauvaise ministre de la culture ». Sa critique s’étend au milieu de la presse et de l’institutionnalisme : Il qualifie le directeur de Beaux arts Magazine qu’il a rencontré de personne « très sèche euh voire impoli, névrotique », cela étant confirmé par des employés du titre magazine.
Il exhorte les associations de consommateurs et les lecteurs à exiger de Beaux arts Magazine qu’il parle de la « vraie histoire des squats artistique et des vrais personnages » avec l’intégrité qu’il accorderait à Picasso ».
Il déteste le monde du cinéma, « l’ambiance feutrée qui pue le bourge et la haine des classes » du CNC (Centre National du Cinéma). Son aversion pour cette bourgeoisie s’est concrétisée par le fait qu’il considérait Harvey Weinstein comme sa « cible numéro 1 » à Canne, un monde qu’il déteste, tout comme les figures comme Polanski ou Luc Besson.
Le sommet de sa critique institutionnelle vise la rigidité mentale des élites artistiques. Il estime que le directeur des Beaux-Arts et les gens qui l’entourent sont des « attards des mentaux ». Il les compare à l’intelligence artificielle en déclarant que « Chat GPT a exactement les mêmes qualités que le directeur de Beaux-Arts magazine, la même rigidité, l’institutionnalisme passionné, c’est le niveau d’agrégation chat GPT comme lui ».
Face à cette inertie, il propose d’agir par la saturation médiatique, en inondant internet avec 50 groupes de médias et de vidéos pour faire en sorte que le public entende plus sa démarche que Beaux arts Magazine, et en injectant « du cœur, de l’amour, de l’analyse, de l’intelligence, des choses importantes, de la vraie histoire de l’art ». Il veut faire justice, les mettre aterre, ils le mérites, ils ont trahis ! Pour lui : « frappes la tête, le corps tombera », faire l’histoire de l’art c’est déjà commencer par évincer les traitres. Les falsificateurs, les corrompus.
Philosophie de l’Histoire et Valorisation du Comportementalisme :
La vision de Laurent Vo Anh repose sur la nécessité de comprendre l’histoire non pas à travers les figures de la puissance et du massacre, mais par la vérité humaine et la souffrance. Il cite le poète Rilke pour illustrer son point : il se demande s’il est possible de comprendre l’histoire à travers ceux qui ont massacré, comme « les Napoléons, les pharaons, au lieu de la comprendre à travers celui qui est seul, étranger et mourant ».
Il appelle à une digestion de l’histoire des squats « dans sa totalité par le bien, par le mal, par son intégralité », afin d’en faire renaître l’esprit.
C’est cette perspective qui guide sa valorisation des artistes, en mettant l’accent sur le comportementalisme et la sociologie de l’individu, plutôt que sur l’œuvre seule.
L’exemple le plus frappant est Gaspar Delanoé : Laurent Vo Anh est très critique de ses peintures, allant jusqu’à dire : « Gaspar de la Noé, ces tableaux, c’est de la merde » et « je trouve que le tableau de Gaspard Noé est complètement pourri comparé au ballon de basket deJeff Kunz ».
Pourtant, il affirme : « je considère que Gaspar de la Noé est un plus grand artiste que Jeff Kunz largement », et que son œuvre globale, son personnage global, est « largement au-dessus ».
La raison de cette supériorité n’est pas picturale, mais comportementale : « pour pas ses tableaux mais pour son comportementalisme et sa sociologie largement ».
Il dit même que Jeff Koons, en comparaison, « devient ennuyeux à un degré phénoménal ».
Il insiste sur le fait qu’il ne faut pas détacher l’artiste de la personne, mais faire exactement l’inverse : « Je vais vraiment attacher l’artiste, la personne, ses failles, sa crasse, sa merde et son son jus divin » à l’œuvre.
Le Dénominateur Commun de la «Gentillesse» :
En cherchant à définir ce qui unit les artistes qu’il souhaite promouvoir, il arrive à une conclusion inattendue : le dénominateur commun est la gentillesse.
Il affirme que les artistes exposés dans les grandes galeries ne sont pas obligatoirement gentils, et qu’ils sont souvent névrosés ou chiants.
Il cherche à valoriser les artistes « gentils, humanistes, mais qui quand même ont une petite anecdote extraordinaire ». Cette quête de l’humanisme le pousse à détester l’orgueil et la mégalomanie qu’il a observés chez certains chefs de squats, affirmant que « le collectif est mieux que la mégalomanie ».
Enfin, il exprime sa lassitude profonde envers les artistes, qu’il considère comme inefficaces pour participer sérieusement à son projet : « je ne compte sur aucun artiste. C’est des féniasses intellectuellement, des abrutis finis ». Il préfère travailler avec des « intellectuels, les chercheurs, les avocats, les sociologues qui ont travaillé sur le sujet ».

V. Le projet du marchand d’art : stratégie de vente globale et non-conventionnelle
L’activité de Laurent Vo Anh en tant que marchand d’art est définie par un rejet du mercantilisme traditionnel et des institutions, et par une stratégie de communication agressive visant à légitimer l’histoire des squats artistiques.
Il aborde ce rôle avec une conviction philosophique : « vendre ça peut être de l’art ».
La Stratégie du «Bluff» à Un Million d’Euros :
La méthode de vente de Laurent Vo Anh est radicalement non-conventionnelle. Contrairement aux pratiques habituelles des galeries, son but est de vendre l’intégralité de la collection «ART Squat» ou l’ensemble de son écurie d’artistes pour un montant fixe, qu’il qualifie de gros « bluff » : «vendre le tout 1 million d’euros».
Il ne s’agit pas de vendre tableau par tableau. L’acheteur doit prendre le « stock entier ».
Laurent Vo Anh décrit les étapes de cette vente hypothétique comme un processus d’acquisition massive et collective, allant des œuvres de valeur symbolique aux archives complexes : Le collectionneur qui accepte l’offre d’un million d’euros acquiert tous les stocks d’artistes, y compris ceux qui ne sont pas purement liés aux squats.
Il s’engage à obtenir les œuvres nécessaires, y compris des œuvres controversées comme les « tableaux pourris de Gaspard Delanoé » ou le drapeau de Yabon avec la Teub, qu’il estime à «25000 € déjà pour commencer». Il n’a pas demandé aux artistes, le collectionneur et eux au pire se debrouilleront pour certaines pièces hors de son réseau.
Il prévoit même des actions logistiques extrêmes, telles que demander de « découpez le de mur de popaye et envoie-le en container ».
Il gère ensuite l’encadrement des toiles de Marcel Aurange dans un « truc luxueux parce que c’est cher » et s’occupe de remplir le container.
Le Modèle de la Commission Zéro :
L’aspect le plus « cinglé » (dingue) de sa démarche commerciale réside dans son désintérêt pour le profit personnel direct. Il affirme : « Je prends 0 € de commission ».
Il se considère comme «le marchand le plus cinglé possible», prenant en charge l’intégralité de la communication et donnant les clients directement aux artistes. Ayant travaillé dans la haute finance en tant que gestionnaire de fortune, son réseau de collectionneurs traditionnels et de nouveaux collectionneurs, est immense. Plusieur milliard en carnet d’adresse.
Son rôle est de s’assurer que ses collectionneurs achètent les œuvres des artistes qu’il promeut. Il se désintéresse complètement des préoccupations financières habituelles d’un marchand, comme le chiffre d’affaires annuel.
Saturation Médiatique et Légitimation Historique :
Pour concrétiser son objectif, Laurent Vo Anh s’appuie sur son expérience en communication et géopolitique (il a fait entre 2 et 5 millions de vues par mois sur TikTok pendant 7 ans).
Sa stratégie vise à saturer l’espace médiatique pour forcer l’intégration de l’histoire des squats dans l’histoire de l’art:
Il prévoit de faire «à peu près 100 articles par jour par personne le toout fois 50 sur 50 sites internet de presse artistique».
Pour automatiser ce volume de contenu, il utilise l’intelligence artificielle pour transcrire des témoignages enregistrés par téléphone, par exemple. Mais travail surtout à plus de 1 milliards de token par intervenant, par mois, ce qui est une masse de calcul internationalement record dans le monde de l’art.
Cette stratégie, qu’il appelle « vidéo bombing et ia boom », a pour but d’être « plus efficace que Beaux arts Magazine » et de s’assurer que le public «va plus m’entendre car je dis juste la vérité cachée».
Son intention est d’injecter «du cœur, de l’amour, de l’analyse, de l’intelligence, des choses importantes, de la vraie histoire de l’art».
Il affirme que cette collection est «très importante à redécouvrir», et que son travail permettra aux jeunes de comprendre l’histoire de la culture, car «on a au moins des anciens, il y a pas une cassure».

VI. Présentation des artistes et des œuvres singulières de la collection ART Squat & co
Laurent Vo Anh promeut la collection «ART Squat» et l’ensemble de son écurie d’artistes en mettant l’accent sur des œuvres et des parcours atypiques
Il cherche à vendre cette collection dans son intégralité pour «1 million d’euros». « C’est pas cher » selon lui, et il estime le prix à 36 fois plus cher en réalité. Expert en finance et en plus value, le chiffre 36 repose sur un algorithme économique universel basé sur l’histoire du marché de l’art.
Le dénominateur commun qu’il trouve chez ces artistes est la «gentillesse», et non la névrose ou l’élitisme qu’il observe ailleurs.
Voici les artistes et les œuvres spécifiques qu’il mentionne :
Laurent Vo Anh considère Gaspar de la Noé comme un «plus grand artiste que Jeff Kunz largement». Bien qu’il trouve ses tableaux «de la merde» et «complètement pourri», il valorise son œuvre globale, son personnage, pour son «comportementalisme et sa sociologie largement».
Sa stratégie consiste à valoriser Gaspar de la Noé en tant que grand artiste français, même s’il déteste la pratique de peindre sur le tableau de quelqu’un d’autre sans autorisation pour l’humilier, qu’il qualifie de «comme un viol». Ici Laurent a choisit de travailler sans partenariat à ce jour et conseillera les collectionneurs d’aller directement voir Gaspar. Il en va de même avec 99% des artistes lié aux squarts.
Marcel Aurange et Franck Tiburce :
Franck Tiburce, que Laurent Vo Anh a rencontré à la tour des ensembles, et Marcel Orange sont des artistes dont il veut vendre les toiles.
Fapela : Fapela est un poète dont Laurent Vo Anh aimerait vendre les livrets et poèmes. Il l’exhorte à se responsabiliser et à «faire rentrer Pedro dans l’histoire de l’art» comme un personnage important pour les générations futures.
René Licatale vidéaste : Il possède «10 valises de cassettes VHS» filmées par lui-même. Ces archives sont d’une valeur historique inestimable car elles contiennent les débuts des Rita Mitsuko, squat et du Palace, ainsi que des fêtes techno, filmées à une époque où les gens n’avaient pas de caméras.
Il propose de vendre ces 10 valises pour «300 000 €». Chaque cassette pourrait être vendue 2 500 € l’unité, considérant qu’elles valent cher dans un monde cultivé et conscient.
Laurent Vo Anh cherche à obtenir une cession des droits d’auteur de «50 % peut-être ou 49 %».
Thibaut, L’Artiste au Rouleau : Cet artiste très spécial dessine depuis des années sur des feuilles qu’il a enroulées en un rouleau. Le rouleau est si long qu’il faudrait «15 jours pour regarder ce bordel» et pourrait «faire peut-être tout le tour du musée».
L’artiste a conservé un style «enfantin». Ce rouleau est estimé à «300000 € aussi», bien que l’artiste hésite à le vendre, car il s’agit d’une routine quotidienne, comme le café du matin.
L’Artiste Indonésien : Cet artiste travaille au feutre avec beaucoup d’inventivité et ses œuvres sont intéressantes. Bien qu’il n’ait «absolument pas sa place dans la démarche de la collection», Laurent Vo Anh le sélectionne car il est «très gentil».
Stéphane Gardien : Un ami d’enfance qui est un bon peintre et qui a fait de la techno dans les squats. Laurent Vo Anh estime qu’il n’a «rien à faire dans ma galerie d’art» mais qu’il a la «légitimité des squat». Il apprécie sa «douceur» et ses poteries.
André da Silva (DD) : Ami d’enfance et grand joueur de rugby, DD a réalisé un gorille en fil de cuivre de 260 kg en utilisant une technique similaire aux scoubidous. Il a mis 12 ans à le faire. Cette œuvre est évaluée à «300 000 €».
Laurent ajoutera environ 100 artistes par trimestre à cette magnifique collection

VII. Conclusion et Appel à la Maturation : Devoir de Digestion et Rôle des Adultes
Laurent Vo Anh clôture sa réflexion sur le mouvement des squats par un appel à la maturité, à la responsabilité et à la «digestion» totale de cette histoire, y compris ses aspects les plus sombres.
Pour lui, il est crucial de sortir de l’adolescence éternelle et de la «névrose» qui a miné le mouvement.
La Nécessité de l’Honnêteté et de la Profondeur :
La véritable histoire des squats ne peut être racontée sans aborder les drames. Il insiste sur la gravité des incidents, notamment les viols (comme celui de Victoire à Blanche) et les morts (comme à Diderot).
Il s’adresse directement à ceux qui refusent d’intégrer cette dimension : «quiconque refuse ces thèmes peut crever en enfer».
Il critique le fait que certains anciens du mouvement se soient comportés comme s’ils étaient des rois et des troubadours «complètement décérébré sans profondeur».
Il affirme que les artistes doivent être capables de dire : «On montre des belles choses, on est des héros mais on peut déconner à mort aussi et on doit s’améliorer».
Ce devoir de maturation est comparé au concept de djihad intérieur dans l’Islam ou de tikkun olam dans le judaïsme.
Le Rôle de la Génération Actuelle :
Âgé d’environ 50 ans, Laurent Vo Anh considère que sa génération a une responsabilité historique : «nous sommes la force de cette génération. Et aujourd’hui, c’est notre devoir de faire cette histoire et de la digérer dans sa totalité par le bien, par le mal, par son intégralité».
Il estime que soit ils livreront «de la merde, soit on livrera de l’or».Il rejette la «névrose» qu’il observe chez les milliardaires, les politiciens (Macron, Dati, Bairou) et même les pauvres, et qui se traduit par une «théâtralité maso».
Il soutient que la clé pour révéler la valeur de cet art est le comportementalisme dans la sociologie, soutenu par une dose de psychanalyse et d’humanisme.